Les membres de bureau de l’UIHJ et du comité exécutif de l’UEHJ ont participé au 7e rencontre Afrique–Europe qui se sont tenues à Alger du 23 au 26 septembre 2025. Ces rencontres ont été précédées par une réunion du bureau de l’UIHJ et du comité exécutif de l’UEHJ en vue de préparer le dernier trimestre 2025 et les grandes échéances à venir.

Le thème — « L’évolution du rôle des huissiers de justice dans la société » — a offert une occasion unique de réfléchir à la mission sociale et humaine de notre profession, particulièrement dans le contexte de la numérisation et de l’émergence de l’intelligence artificielle dans le domaine judiciaire.

Ces rencontres, organisées les 24 et 25 septembre, ont réuni plus de 1000 participants venus de près de 35 pays. Elles se sont déroulées en présence de M. Lotfi Boudjemaa, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux de la République algérienne démocratique et populaire, et sous le haut patronage de Son Excellence M. Abdelmadjid Tebboune, président de la République algérienne démocratique et populaire, témoignant de l’importance institutionnelle accordée à la profession d’huissier de justice.

Explorer, connecter, anticiper

La cérémonie d’ouverture à l’hôtel El Aurassi a donné le ton. Me Mohammed Ridha Dahmri, président de la Chambre nationale des huissiers de justice d’Algérie, a accueilli les délégations et souligné la portée de cet événement pour l’Afrique et l’Europe. Mme Rosine Bogoré Zongo, présidente de l’Union africaine des huissiers de justice, a rappelé le rôle fondateur de l’Algérie dans la structuration du réseau africain et plaidé pour une formation continue adaptée aux évolutions numériques.

Marc Schmitz, président de l’UIHJ, a replacé ces rencontres dans la continuité d’un dialogue de plus de quinze ans. Selon lui, l’huissier de justice est aujourd’hui un garant de la sécurité juridique, un tiers de confiance et un acteur pluridisciplinaire confronté à la révolution numérique et aux mutations sociales. Le ministre de la Justice d’Algérie, M. Lotfi Boudjemaa, a quant à lui insisté sur la dimension sociale et internationale de la profession et sur l’importance d’adapter ses missions aux transformations de la société.

La suite de la journée a permis d’explorer les mutations sociétales et leur impact sur la profession, les défis juridiques liés à la mondialisation et l’importance d’une coopération renforcée avec la Conférence de La Haye. Des interventions venues d’Europe et d’Afrique ont mis en lumière l’évolution parallèle de la profession sur les deux continents et l’émergence de missions nouvelles, notamment en matière de médiation, de conciliation ou encore de supervision électorale.

La première journée s’est conclue sur une conviction partagée : la profession est à la croisée des chemins. Elle doit anticiper les changements, diversifier ses missions et consolider son rôle d’acteur de prévention et de régulation sociale.

Vers une profession modernisée et harmonisée

La seconde journée a ouvert de nouvelles perspectives autour de la question « Quel avenir pour les huissiers de justice ? ». Les échanges ont rappelé que l’huissier n’est pas un simple exécutant mais un acteur social et institutionnel dont le rôle doit être repensé à la lumière des mutations technologiques et de l’internationalisation du droit.

Marc Schmitz a identifié trois priorités : l’adaptation aux nouvelles technologies, l’internationalisation des pratiques et la construction d’un espace juridique global. Christophe Bernasconi, secrétaire général de la Conférence de La Haye, a insisté sur le rôle décisif des conventions internationales pour relier les systèmes juridiques sans en nier la diversité. Samuel Ename a souligné le dynamisme africain, marqué par les intégrations régionales et la digitalisation, qui appelle une coopération plus intense avec l’Europe. Enfin, Me Dahmri a montré que l’huissier algérien est appelé à devenir un véritable acteur pluridisciplinaire, impliqué dans la médiation et la prévention des litiges.

Le débat sur l’harmonisation des pratiques entre l’Afrique et l’Europe a mis en évidence la convergence sur les principes essentiels et les écarts persistants liés à l’usage des outils numériques. Rigobert Ndalou et Oscar Jans ont insisté sur trois leviers incontournables : formation, éthique et innovation technologique.

Le panel sur les nouvelles technologies a illustré les écarts entre pays. Tandis que la Belgique et la Lituanie ont montré comment la digitalisation et l’intelligence artificielle peuvent renforcer l’efficacité et la transparence, l’Algérie a rappelé la nécessité d’investissements matériels et d’un cadre juridique clair pour accompagner la modernisation. Tous ont cependant convenu que la technologie doit rester au service du contact humain, irremplaçable dans la mission de l’huissier.

La session consacrée à la gouvernance et à la déontologie a mis en avant l’importance des règles éthiques et des mécanismes disciplinaires pour garantir la confiance et la crédibilité. Transparence, impartialité et respect du secret professionnel apparaissent comme des conditions essentielles.

L’après-midi a été dédié à la formation et à la certification. Le procureur général Bendoudiaf Mohamed El Kamel a rappelé qu’une formation initiale et continue exigeante est la clé de l’adaptation et de la compétence de la profession. Les expériences sénégalaise, française et algérienne ont confirmé cette nécessité, en soulignant que la réussite de la déjudiciarisation et l’intégration des nouvelles technologies passent par une montée en compétences constante.

En conclusion, la seconde journée a réaffirmé que la confiance, la modernisation et l’humain constituent les trois piliers de l’avenir. Les débats ont montré que l’harmonisation, la gouvernance et la formation sont autant de leviers pour bâtir une profession plus forte et plus légitime, au cœur de la justice moderne.

Dans ce cadre, le président de l’UIHJ, Marc Schmitz, a eu l’honneur de participer à une émission télévisée en direct sur la télévision algérienne, spécialement consacrée à la 7e Rencontre Afrique–Europe des huissiers de justice. Cette émission de cinquante minutes a permis de présenter les objectifs de la rencontre, de mettre en valeur le rôle central de l’Algérie au sein de l’UIHJ et de souligner son engagement résolu en faveur de la justice et de la coopération internationale.

En outre, une conférence de presse a été organisée à Alger à l’occasion de ces rencontres. Elle a constitué une excellente opportunité pour exposer la vision de l’UIHJ, rappeler les objectifs de la conférence et mettre en avant le rôle essentiel des huissiers de justice dans une société en pleine évolution.

Recommandations

À l’issue des travaux, les participants ont adopté cinq recommandations majeures :

1. Créer une plateforme numérique Afrique–Europe dédiée aux huissiers de justice afin de renforcer l’interopérabilité des procédures et de faciliter la coopération entre professionnels grâce à un espace commun de partage de pratiques, de formations croisées et d’outils opérationnels.

2. Initier un processus de convergence des normes de formation et de certification, avec pour objectif la reconnaissance mutuelle des compétences et l’intégration des nouvelles technologies, de la médiation et des exigences éthiques.

3.Renforcer le rôle des huissiers de justice dans la résolution amiable des litiges, afin de répondre aux besoins croissants d’un accès rapide et apaisé à la justice.

4.Réaffirmer la légitimité de l’huissier de justice comme acteur central de la justice moderne, tiers de confiance et garant des droits, en valorisant ses compétences hybrides et en accroissant sa visibilité institutionnelle.

5. Promouvoir l’adoption et l’application des conventions de La Haye, en particulier la Convention de 1965 sur la signification et la notification des actes et la Convention de 2019 sur la reconnaissance et l’exécution des jugements civils et commerciaux, afin de renforcer l’efficacité de la coopération internationale.

Conclusion

Ces 7e rencontres Afrique–Europe ont constitué un succès scientifique, professionnel et institutionnel. Elles ont démontré la volonté commune des huissiers d’Afrique et d’Europe de construire un avenir partagé, fondé sur l’innovation, la coopération et l’éthique. Elles ouvrent une nouvelle étape dans le dialogue intercontinental et préparent la profession à relever les défis du numérique et de la déjudiciarisation.

L’UIHJ tient à exprimer sa profonde gratitude à la Chambre nationale des huissiers de justice d’Algérie et à son président, Me Mohammed Ridha Dahmri, ainsi qu’à Mohamed Reda Bougrine, pour leur engagement constant et leur rôle décisif dans la réussite de ces journées historiques.